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Ferez-vous le grand saut?

Il se tient sur le bord de la falaise. La brise est fraîche, le soleil haut réchauffe doucement sa peau nue couverte de frissons. Son regard d’azur se perd à l’horizon, comme dans une profonde réflexion. Réflexion ou juste un vide? Une éternité dans une seconde, suspendue entre l’instant d’avant et celui d’après. Rien, le calme, la paix… 

Et le saut…

Le vent siffle, caresse, court sur chaque cellule de sa peau, entre dans chaque interstice de son short, le long de ses bras tendus comme des ailes d’oiseau pour garder l’équilibre. Il tombe dans cet instant d’éternité qui semble s’étendre à l’infini dans un mouvement vertical qui l’entraîne toujours plus bas… Euphorie, relâchement total, appréhension… Il saute, il a sauté… On l’a poussé? Il est tombé… Il coule…

Il s’enfonce comme une torpille, toujours plus profond dans l’eau glacée. Les bulles entraînées par ses pieds remontent vers la surface en l’enveloppant dans un brouillard blanc, tourbillonnant, mouvant, bruyant, braillant… Il perd pied, il se laisse entraîner. Il n’a aucune volonté de remonter. Et pourtant, l’instant d’avant, l’horizon était si clair, découpé au couteau entre le bleu du ciel et celui de la mer.

Les bulles ont cessé, ses poumons sont comprimés par l’eau glacé. Il flotte entre le fond et l’horizon. …Dans cet endroit éclairé à la lumière diaphane d’un soleil qui semble l’avoir abandonné… Dans ce flou d’un bleu si profond qu’il en crée sa propre aspiration…Il flotte…

Il a sauté… Il est tombé…

Il n’a pas coulé…

Au-dessus de lui se trouve le film transparent de la vie, de sa vie… Si net, si clair et pourtant si flou tellement il y a de remous… Autour de lui un bleu d’une intensité inégalée qui s’étend toujours plus loin dans des profondeurs horizontales. Là aussi, tout est net et pourtant si flou car aucun contour ne vient arrêter son regard aux couleurs de l’eau pleine de remous… Partout, c’est clair et pourtant si flou… Il se laisse doucement envelopper par la torpeur des volutes glacées. 

Tout est parti… L’horizon, si nettement défini avant cet instant où l’éternité semble s’être accroché à l’infini… Le soleil et sa chaleur, qui caresse avec douceur… L’air, qui ne peut être contenu, semble s’échapper par tous les pores de sa peau comme autant d’abandon d’une réalité qui appartient à l’instant passé et de désertion de sa propre volonté… Et au-dessus, la clarté de ce film de vie qui ne semble qu’un leurre telle une mer déchaînée prête à l’achever…

L’angoisse le gagne. Avaler de l’eau à plein poumons en essayant de reprendre pied dans cette mer agitée… Mourir dans ce grand flou, aspiré par ses profondeurs… Et pourtant, il est plein de vie! Il est clairement encore en vie!

Imperceptiblement, il bouge un orteil, un pied, un doigt, une main. Aussi léger qu’un souffle dans un rideau accroché à une porte ouverte, il caresse la toile des profondeurs dans un mouvement qui le pousse vers le haut. Faire plus qu’une caresse? Pas encore…

Cette clarté floue est pour l’instant plus réconfortante que la perspective d’un horizon plein de remous. Cet horizon qu’il distingue à travers les innombrables vaguelettes qui tissent leur toile telle une membrane au-dessus de lui. Mais de quoi avoir peur? …Retomber? S’empêtrer? Se noyer?… Après tout, il sait nager…

Alors il prend confiance en ses pieds, le mouvement est lancé, la clarté va arriver…

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